Disney séduit, sans craindre le variant Delta

Disney+ compte désormais 116 millions d’abonnés, bien au-delà des attentes du marché, d’après le communiqué de résultats du groupe américain publié jeudi. Le service de streaming a gagné plus de 12 millions de souscriptions supplémentaires depuis fin mars, malgré l’augmentation de son prix mensuel de base à 8 dollars en avril.

Les analystes escomptaient seulement entre 113 et 114 millions d’adhérents. Le chiffre est suivi de près, pour voir si le service continue de croître malgré la sortie progressive de la pandémie, qui a largement contribué à son succès depuis son lancement fin 2019.

«Maintenant que Disney+ a été lancé dans la plupart des marchés majeurs, le travail difficile commence. Il va falloir continuer à attirer de nouveaux abonnés tout en conservant ceux qui ont déjà souscrit», a souligné Eric Haggstrom du cabinet eMarketer. Mais «le catalogue de streaming de Disney constitue la concurrence la plus importante pour Netflix, et Disney+ gagne du terrain rapidement sur le leader du secteur», a-t-il ajouté.

Sans compter les sorties de nouveaux titres, comme la série télévisée «Loki» de Marvel ou le dernier film d’animation de Pixar, «Luca», pendant le trimestre écoulé. «Nos plateformes marchent très bien», s’est félicité le patron de la firme, Bob Chapek.

«Nous avons désormais 174 millions d’abonnements en tout à Disney+, ESPN+ (sports, ndlr) et Hulu, et de nombreux nouveaux contenus sur le point d’être diffusés», comme la comédie musicale West Side Story de Steven Spielberg, dont la sortie a été reportée à décembre 2021.

Sale temps pour les salles de cinéma

Il y a deux ans, Disney produisait des contenus pour les cinémas et chaînes de télévision. Désormais, le géant du divertissement a accès directement à son public via le streaming et les salles dépendent de son bon vouloir. Un phénomène accéléré par la pandémie et même le variant Delta qui se propage en ce moment.

«Nous n’avions pas anticipé, et personne d’autre non plus, la résurgence du Covid avec le variant, qui a un impact significatif sur le marché» de la distribution des films, a admis Bob Chapek. Le patron a rappelé que le groupe avait choisi de privilégier la flexibilité, pour être capable «de suivre le consommateur où qu’il aille». Et «quand les salles ont rouvert, il y avait une immense réticence du public à revenir», a-t-il insisté.

Le film «Black Widow» est ainsi sorti en même temps sur Disney+ et dans les cinémas, ce qui vaut à la firme californienne des poursuites en justice de la star Scarlett Johansson. Elle accuse Disney de rupture de contrat lui ayant coûté des millions de dollars, car la sortie en ligne aurait affecté les recettes au box-office.

«Les tactiques de Disney autour des sorties en salles vont avoir des conséquences importantes sur l’industrie», a commenté l’analyste Joe McCormack de Third Bridge. «Les experts estiment que s’ils continuent à sortir les films le même jour en personne et sur la plateforme, ils pourraient potentiellement diviser par deux l’industrie des cinémas.»

Grand soleil dans les parcs

Mais à Wall Street, le titre de Disney s’appréciait de plus de 5% lors des échanges électroniques après la clôture de la Bourse. Car le Royaume enchanté a ravi les investisseurs avec des résultats supérieurs à leurs attentes: 17 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 923 millions de profits d’avril à juin, au lieu de la perte nette de 4,7 milliards de dollars à la même période l’année dernière, quand la crise sanitaire heurtait de plein fouet ses parcs d’attractions et croisières.

Au troisième trimestre de son exercice décalé, sa division «parcs, expériences et produits dérives» est enfin revenue dans le vert, pour la première fois depuis le début de la pandémie, notamment grâce à la réouverture des magasins Disney et la levée partielle des restrictions dans les parcs d’attractions en Floride et en Californie. Même s’ils fonctionnent toujours avec des capacités limitées, l’activité a engrangé 4,3 milliards de dollars de revenus, contre 1,1 milliard il y a un an.

À cause du variant Delta, Disney a dû réimposer fin juillet le masque à ses visiteurs dans les endroits fermés de ses parcs d’attractions. Et Bob Chapek a mentionné lors de la conférence téléphonique pour les analystes que les réservations de groupe étaient plus facilement annulées. Mais «de façon générale les réservations pour nos parcs sont largement au-delà du niveau du trimestre écoulé, qui était déjà remarquable», a-t-il ajouté.

(L’essentiel/AFP)

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