Pharmacienne, elle vendait de faux pass sanitaires

«Je suis furieuse. Lors de la première vague, on nous applaudissait, et ça, c’est la honte.» La consternation règne dans un centre de vaccination de L’Haÿ-les-Roses, près de Paris. Ce week-end, une jeune pharmacienne qui travaillait sur le site a été arrêtée et mise en examen: elle est accusée d’avoir fabriqué plusieurs dizaines de faux passeports sanitaires. Le pot aux roses a été découvert vendredi dernier, lors d’un banal contrôle d’identité en banlieue parisienne.

Apparemment stressé, un jeune homme a essayé de se débarrasser en catastrophe d’une pochette en carton. À l’intérieur, 46 faux pass sanitaires. Le suspect, lui, avait 2600 euros sur lui. Lors d’une perquisition menée au domicile du jeune homme, les policiers ont découvert quatre autres faux documents, mentionnant tous le nom d’une même vaccinatrice. Les enquêteurs n’ont donc eu aucun mal à remonter jusqu’à la fournisseuse de ces faux passeports sanitaires. Diplômée en pharmacie, la jeune femme travaillait dans différents lieux de vaccination, dont celui de L’Haÿ-les-Roses.

«Elle va tout perdre»

Les deux jeunes gens ont été mis en examen et placés en détention provisoire. Une information judiciaire a été ouverte pour atteinte à un système de traitement automatisé de données, participation à une association de malfaiteurs. La pharmacienne est en outre accusée de blanchiment en bande organisée et le jeune homme de détention de faux documents administratifs.

«C’est grave. Elle avait l’air sérieuse. Elle va tout perdre: son travail ici et celui à la pharmacie», s’indigne une collègue. Selon «Le Parisien», la jeune femme se revendiquait antivaccin. Les personnes qu’elle fournissait ont payé 250 euros via l’application Snapchat et la pharmacienne touchait «sûrement une grosse partie de la somme» en plus de celle reçue par l’assurance maladie à chaque attestation émise, d’après une source proche du dossier.

Snapchat en ligne de mire

À la suite de cette affaire, la municipalité de L’Haÿ-les-Roses a «renforcé ses mesures de traçabilité». Les autorités passent l’application Snapchat au peigne fin dans l’espoir de démasquer d’autres personnes impliquées dans ce trafic. En effet, le jeune homme arrêté vendredi a expliqué aux enquêteurs qu’il était censé transmettre sa fameuse pochette à «un homme». Il n’en a pas dit davantage, par peur de «représailles». La tâche des enquêteurs s’annonce toutefois compliquée, Snapchat étant connu pour ses messages qui disparaissent.

La semaine dernière, un journaliste était déjà parvenu à obtenir un passeport sanitaire contre la somme de 300 euros, avec la complicité d’une infirmière qui avait fait semblant de le vacciner. La Direction générale de la santé assure que le ministère «suit de très près le sujet et a déjà alerté les agences régionales de santé ainsi que les centres de vaccination afin de renforcer leur vigilance et d’identifier d’éventuels actes ou mouvements suspects».

(L’essentiel/joc)

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