le Haut Conseil pour le climat pointe des lacunes en France

Le secteur des transports est le seul à avoir augmenté ses émissions depuis 1990. Des poids-lourds sur une autoroute française. Photo d’illustration (MICHAEL ESDOURRUBAILH / MAXPPP)

Pas assez d’efforts pour baisser les émissions de gaz à effet de serre, pas assez d’efforts pour coordonner notre adaptation au changement climatique. Le nouveau rapport du Haut Conseil pour le climat vient de sortir et il pointe encore des lacunes dans notre action climatique. Si, en 2019, nos émissions ont baissé de 1,9% c’est moins bien que ce qui était prévu au départ avec –2,3% avant une révision de notre budget carbone en mars 2020. Le Haut Conseil a bien vu que le gouvernement s’était accordé des tonnes de CO2 en plus. Facile après de se vanter d’avoir atteint son objectif mais cela ne fait que reporter les efforts à plus tard.

Pour 2020, la baisse devrait être de 9%, mais là aussi, le Haut Conseil estime que c’est surtout à cause du confinement et pas de vraies réformes structurelles. Il faut donc redoubler d’efforts si on veut atteindre nos objectifs de 2030 et surtout celui de la neutralité carbone en 2050.

Le secteur des transports est le seul à avoir augmenté ses émissions depuis 1990. Si le gouvernement parie sur la voiture électrique et le télétravail pour les réduire demain, le Haut Conseil estime qu’il n’anticipe pas assez la hausse de la demande en transports des Français. Même en télétravail dans une maison isolée il faudra quand même se déplacer pour aller faire les courses. Le Haut Conseil pointe un « manque de report modal » (ou comment éviter l’autosolisme) mais il signale que le problème est commun à l’ensemble des pays européens.

Il note cependant de vrais changements structurels pour le bâtiment avec la fin des chaudières au fioul par exemple. L’énergie et l’industrie font figure de bons éléves avec le nucléaire et les efforts d’efficacité de production. Cependant, la Normandie est la seule région de métropole qui a augmenté ses émissions entre 2015 et 2018 à cause de la forte présence industrielle.

La plupart des #régions ont vu leurs émissions diminuer (2015-2018):

➡️#transports: globalement à la ↗️ sauf en @iledefrance
➡️#bâtiments: globalement à la↘️(@RCValdeLoire)

Les succès sectoriels doivent être analysés afin d’être répliqués.

https://t.co/kLu4FbNrQ3 pic.twitter.com/yjiWA3wiFd

— Haut conseil pour le climat (@hc_climat) June 30, 2021

Enfin, l’agriculture n’a baissé ses émissions que de 9% en 30 ans, malgré la réduction des cheptels et les méthanisateurs. Il faut dire que nos forêts n’ont aussi capté que les trois quarts du CO2 escomptés à cause du réchauffement climatique et du développement des scolytes. En moyenne, pour réduire nos émissions, nous faisons moins bien que nos voisins européens. 

Il y a une phrase très claire dans ce rapport :  » ll n’est plus possible aujourd’hui de continuer à émettre des gaz à effet de serre en pensant qu’il sera possible de s’adapter à n’importe quel niveau de changement climatique demain. »

À propos de cette canicule extrême, les météorologues sont déconcertés par ce qu’ils observent. La climatologie, n’est d’absolument aucune aide ici. Aucune analogie, référence possible à n’importe quel événement du passé. Cela dépasse tout simplement l’entendement. https://t.co/NxHTI6ZCnW

— Francois Jobard (@Francois_Jobard) June 29, 2021

En plus des efforts pour baisser nos émissions, le Haut Conseil s’inquiète de notre mauvaise adaptation et d’un manque de coordination entre les territoires par exemple pour organiser des transferts d’eau. Le gouvernement reconnaît « des briques d’adaptation » mais pas encore d’édifice. Manque d’enneigement, risque d’incendie vers le nord du pays, des vagues de chaleur qui vont passer de sept jours par an à 23 à Paris ou de dix jours à 36 à Lyon… Le Haut Conseil égrène des conséquences visibles mais s’inquiète de ce que l’on ne connaît pas et du risque d’une mal-adaptation. Mettre des climatisateurs peut nous préserver des vagues de chaleur mais risque aussi de faire augmenter nos émissions. 

L’hiver doux et le gel tardif de cette année, qui touche 80% du vignoble français, le décalage du brevet des collèges en 2019 à cause de la canicule, ont montré que des événements météo qualifiés autrefois d’extrêmes allaient devenir des normes. Les scientifiques ne savent pas dire ce que sera un événement exceptionnel. Un peu comme au Canada en ce moment avec ce dôme de chaleur inédit et des records de températures à 49,5°C. Le Giec l’a déjà dit dans son rapport précédent : au delà d’un réchauffement de 2°C, on plonge dans l’inconnu.

 

A lire aussiSujets associés

lire aussi

Articles connexes